Interview

“Rien ne se crée tout se transforme” La philosophie Betty meissonnier

Le caneva, une métaphore de la vie, à travers le travail de Betty !

Racontes moi ta première fois :
A l’époque où je faisais partie du 59 rue de rivoli j’ai acheté rue Tiquetone 2 canevas et j’ai écris dessus “qu’est-ce qu’on attend pour foutre le feu” et “qu’est-ce qu’on attend pour ne plus suivre les règles du jeu ». çà a commencé comme çà.

Ce qui fait la particularité de ton travail est la façon dont tu allies du texte à une iconographie d’une autre époque, comment t’es venu ce goût pour le texte, ce mélange décalé ?
Un jour un ami m’envoie ces peinture par mail ses titres étaient d’une poésie absolue, très beaux, par exemple l’une de ses peinture avait pour titre : “et dire que je voulais faire un cadeau a Mathilde”. C’est ce qui m’à donné envie de ne faire plus que des titres sans oeuvre. J’ai Donc fait des cartels sur des toiles avec tout ce qu’on y trouve, le titre, l’année, la technique, mon nom etc… Et j’ai fait une série de 36 cartels qui s’appelait « Il n’y a pas 36 solutions ». C’était des petites toiles de 10x8cm montées sur chassis, parfois j’avais même imaginé l’œuvre qui allait avec.

Je trouve les mots partout, je les entends, il m’amusent, maintenant je suis plutôt sur des mots uniques visuellement ça marche bien, la police de caractère c’est le Verdana c’est celle qu’on voit partout. Hyper commerciale, comme les slogans de publicité et de ce fait un lettrage très populaire et lisible.

Qu’est-ce qui te touche dans les canevas ?
Ces objets m’étonnent. Ce n’est pas un truc de mon enfance lié à une forme de nostalgie. Je les  trouve
incroyablement, terriblement connotés d’une époque. J’y vois une allégorie, voire même une philosophie de la vie. Le lien entre le fil du caneva et le temps de la création, les récits qu’ils donnent à voir, les dialogues, la transmission de generation en generation. Comment arrive-t-on à avancer dans cette broderie jusqu’a créer une image. Pour arriver au résultat final. Au cours de la réalisation il faut changer de fil, de couleur, c’est très anarchique si on regarde l’envers, bourré de noeuds de fils qui s’entrecroisent dans tous les sens, c’est vraiment de la construction, comme on construit sa vie. Les chemins qu’on prends. C’est aussi le réseaux, le tissage de lien, d’amis et de connaissances, j’ai tissé un réseau, une Mafia de Canevistes. Mes amis en trouvent en allant chiner, en vacances ou autre, et me les donnent, ce qui m’émeut et me touche infiniment. Ça veut dire qu’ils pensent a moi.

Et que fais-tu justement de l’envers ?
Je n’ai pas encore travaillé avec l’envers mais j’y pense. Il y a cette phrase de shopenhauer, que je cite en préambule sur mon site

… “On peut aussi, au point de vue qui nous occupe, comparer le vie à une étoffe brodée dont chacun ne verrait, dans la première moitié de son existence, que l’endroit, et, dans la seconde, que l’envers ; ce dernier côté est moins beau, mais plus instructif, car il permet de reconnaître l’enchaînement des fils »

Schopenhauer : « Aphorismes sur la sagesse dans la vie »
Chapite VI : « De la différence des âges de la vie ».

C’est l’idée de matrice peut-être.

Tu travailles par série ?
Oui j’ai d’ailleurs du mal a décrocher c’est addictif, il se passe toujours quelque chose dans le caneva. Ça fait 5 ans les canevas.

Comment tu distingues tes series ?
Maintenant j’écris un seul mot alors qu’au départ j’écrivais des phrases ou des listes de mots. J’ai du Mal avec l’objet unique, ça m’arrive encore par exemple quand j’installe ou que j’assemble des objets mais ça je ne sais pas trop me l’expliquer, ça vient comme ça. C’est spontané. J’y réfléchis après, pour moi il s’agit d’une évidence. Je les ai trouvé a coté je les mets l’un sur l’autre et ça marche !

Pour quelle raison est-ce important pour toi de faire de « l’art populaire » ?
Je ne souhaite pas être élitiste. J’ai envie que tout le monde voit ce que je fais. Je pense au street art, cette façon de donner à voir sa peinture, j’y connais pas grand chose, (Fred chevalier etc…) mais a titre d’exemple, sans avoir besoin d’aller des centres culturels, des musées etc je trouve ça formidable cette accessibilité. Puis sans doute faut-il du courage et de la générosité pour aller faire ça dans la rue.

Voir les gens rire quand il lisent les mots, les voir réagir, esquisser des sourires, ou bien qu’ils trouvent ça nul à chier pas de problème, ce qui compte pour moi c’est d’étonner ou d’amuser et de proposer à voir. J’ai envie de toucher toutes les générations petits et grands que ça soit intergénérationnel c’est ce qui m’intéresse.

T’as une passion pour NTM  ou alors j’ai pas compris ?
Je ne suis pas fan en général, mais je trouve que c’est intelligent, punk, ça dit les choses, ça vieilli bien, ce duo complètement énervé m’intéresse aussi parce que ça a un impact avec deux énergies très différentes. J’ai aussi une passion pour Renaud. C’est aussi l’anachronisme entre les époques qui me fascine comment faire résonner ces canevas avec des citations d’NTM ou de Fat Boy Slim.

Quelle est la technique de fabrication ?
Je fais ma petite cuisine c’est une fabrication artisanale. La subtilité c’est de garder le bombé du caneva sans rentrer dans les trous de façon à garder le mouvement de la broderie. Ce qui permet aussi de garder le doute de la broderie de loin.

Ou peut-on voir ton travail ?
Ça dépend c’est nomade, les bars, les portes ouvertes du 6B le 1 er octobre avec une performance de tatouage participatif à 23h, j’ai demandée à Mylooz, une artiste tatoueuse et amie de m’accompagner dans cette aventure.

Chez Dis bonjour a la dame, en décembre a Aubervilliers dans un café culturel qui s’appel Le grand bouillon, en décembre salon de créateurs OIL on investit les lieux, à la caravane a goncourt, à Noirmoutier au Café noir.

Tu lis quoi ?
En littérature j’aime les moments de vie. Nicolas Rey, les gens qui ont des addictions car ce sont en général des passionnés. J’aime leur force et leur fougue. Virginie Despentes, King kong théorie son seul essai, je le préfère à ses romans. Anna Scott, Nick Cave, La mort de Bunny Monroe. Augustins de Burroughs, courir avec des ciseaux.

Mes artistes favoris si je devais en citer quelques uns, Pierrick Sorin, La Cicciolina et son ex mari Jeff Koons, Marina Abramovic, cette dernière m’à assez fascinée avec son travail de video performance, j’aime les couples d’artistes, quand leur relation se mêle à leur création que l’art devient une expérience totale. Avec un faible pour la vidéo performance.

Musique :
Die Antwoord
Schlaasss (st etienne)
Tout de suite qui se trouve plus au niveau de la performance une espèce de poésie trash/porno punk, le rock de nick cave, et Edward avec leur batteur incroyable.

Pour suivre le travail de Betty Meissonnier : http://www.c4xrien.info/Blog/index.php

Pour accèder à la soirée du 30 octobre
https://www.facebook.com/events/1650357048608012/1653010365009347/?notif_t=admin_plan_mall_activity&notif_id=1475060135901314

Propos recueillis par Erostick.