Interview

“Nuit Fossile”, un spectacle érotico-abstrait ou la fossilisation de nos désirs selon Blick

Qui tournent en boucle nos désirs ?

C’est dans une ambiance entre la cour d’école et le PMU édenté que je rencontre Blick pour qu’il me parle de son spectacle érotico-abstrait « Nuit fossile ».  Un dispositif de pré-cinéma qui plonge dans une rêverie troublante pour petit à petit venir questionner le comportement intime et la relation avec ce qui fait vibrer le cœur. Le but ? Faire réfléchir sensuellement et troubler corporellement.

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Que signifie « Erotico-abstrait » ?
Erotique car ce sont des bouts de corps et de formes évocatrices qui se baladent et interagissent entre elles. Abstrait, du fait du principe de narration qui n’est pas linéaire mais plutôt un moment de partage d’émotions et de sensations.
Abstrait de par le principe de narration non linéaire enchainant des tableaux où s’enlacent des figures à interpréter
Le spectacle présente des corps fragmentés, enlacés par des torrents de désirs, ils essayent de s’approcher, de s’acoquiner.
L’abstraction permet de laisser libre court à l’imagination, afin de construire sa propre histoire. C’est un jeu d’ombre, de lumière et de matières sur de la musique électro-improvisée, un peu comme des visions.

Qu’est-ce qui inspire ces visions ?
C’est notre pays, notre culture. Cela dépend de l’endroit ou on a grandi, époque, famille etc…Moi, j’ai grandi dans un milieu très macho, en Camargue. Il y a des garçons vachers, des taureaux. Les rôles et les moules de l’homme et de la femme sont fermement ancrés dans la société. Je dirais qu’il s’agit du stéréotype du couple hétérosexuel occidental. Ce n’est pas très gracieux et plutôt oppressant.
Ces visions viennent aussi de mes nus à l’encre de chine que je dédiais à un projet photographique au départ.
Puis lors d’un voyage en Hollande, chez une amie qui fait partie du Cercle Satyrique, Julia (plasticienne et performeuse), je lui ai montré les recherches d’encre et elle a réagit avec beaucoup d’enthousiasme pour les transposer sur écran via un principe d’ombres. Les visions ont pris forme de cette façon, avec des jeux d’ombre.

Pourquoi ce titre « Nuit fossile » ?
Parce que cela parle de la nuit, là ou l’intimité prend la plus grande place. La nuit, les gens se retrouvent seuls, ils vont dormir, ils se déshabillent, ils sont nus et un peu vulnérables. Ils se glissent sous leurs draps et ils attendent ou espèrent leur désir, qui petit à petit se fossilise.
Après on peut utiliser ces fossiles pour faire du feu et se réchauffer, s’enflammer mais ces fossiles de désir qui gisent au fond du lit sont aussi comme des tombes. Par ailleurs c’est un titre poético-abstrait qui veut tout et rien dire et qui, de ce fait, adoucit un peu le propos.

Pourquoi avoir changé le nom de “Quête Humide” à “Nuit Fossile” ?
Au début on avait choisi “Quête Humide” mais la tension érotique est très forte dans le titre “Quête Humide” et sans doute un peu trop pénetrative. De ce fait les gens pensaient voir un truc porno et ils se retrouvaient devant quelque chose de plus sensible. Notre spectacle est poétique et sensible. Il y a des moment de doute, les corps n’arrivent pas à se trouver, des moments plus agressifs aussi, qui ne font pas forcément toujours référence au plaisir. Pour moi l’érotisme c’est la façon dont les gens entrent en relation les uns avec les autres dans l’intimité, leurs interactions. Avec ou sans vêtements.

Quel est ton parcours ?
Je me nomme BLICK (regard en allemand) parce que j’ai toujours voulu faire des films, dessiner et raconter des histoires.

Je viens du cinéma excentrique, c’est à dire excentré des manières habituelles de produire et de penser les films.
Je fais aussi de la photo et du dessin, et pour manger je fais des films pour des parfums.
Il y a quelques temps j’animais des ateliers pour enfant pour leur faire découvrir comment l’écran fonctionne. Il s’agit d’une proposition qui vise à ne pas rester prisonnier de la fascination pour l’écran.
J’ai aussi participé à une émission de télé pirate qui s’appelait « Télé Plaisance ». On proposait aux gens de venir faire leur émission comme ils voulaient quand ils voulaient.

Qui fait partie du cercle satyrique et comment vous êtes vous rencontrés ?
J’ai rencontré Julia Boix-Vives dans un bar car je pensais l’avoir reconnue et au bout d’une heure on s’est aperçu qu’on ne se connaissait pas. En fait, je connaissais son travail vidéo. Elle fait un très chouette travail de performance avec des poupées et des miroirs, assez troublant, une forme contemporaine un peu dure mais très touchante.

Jean-Marc Foussat fait de la musique très visuelle car il a dans son répertoire des sons de la nature ou du quotidien qui sont évocateurs. Cela nous permet de créer des images mnémoniques, mémorielles qui font trembler les bandelettes de la momie qui sont en nous.

La mise en scène est collective, c’est une réflexion à trois.

Quel est le but ?
Plonger les gens dans un rêve éveillé et troublant qui petit à petit vient questionner sur le comportement intime et la relation avec ce qui fait vibrer le cœur. Les faire réfléchir sensuellement et mettre en place un dispositif qui les trouble corporellement.
J’adorerais que le public parte en boitant ! On dirait : «  oh ! t’as vu Nuit Fossile toi ! » – « oh m’en parle pas ! ».
Le spectacle interroge aussi sur ce qui nous enferme et nous empêche d’être pleinement libéré.
Je ne sais pas si on se débarrasse un jour des contraintes qu’on a intégrées mais on peut essayer d’inventer des choses … c’est ça l’espoir.

Références :

Artaud, pièces radio
Burroughs – les garçons sauvages
Bellmer et schiele
Appollinaire – le guetteur mélancolique
450 questions et réponses sur les oiseaux.
Spectacles de Vienne Gisèle à Nanterre aux Amandiers
le colloque des ventriloques
Lazouse, qui sera bientôt à l’échangeur
Christophe Halai – reflexions sur le corps
Pasolini, médée, Théorème
Discipline le 3 em ou le 4 em lien
Throbbingen gristle
Jean marc Vivenza